La prématernelle de 4 ans : une réflexion nécessaire pour le développement global de l’enfant
- AFGENB

- 29 janv.
- 4 min de lecture

Vous avez peut-être entendu parler du projet de prématernelle de 4 ans dans les écoles du Nouveau-Brunswick. Présenté comme une solution pour améliorer la réussite scolaire, ce projet soulève toutefois plusieurs questions importantes, notamment en lien avec le développement global de l’enfant, la continuité éducative et la viabilité des garderies éducatives.
Selon le Bulletin provincial 2024-2025 publié par le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, les résultats des élèves francophones du Nouveau-Brunswick s’éloignent de plus en plus des cibles provinciales, particulièrement chez les élèves de 7e et 8e année.
La province visait pourtant :
90 % de réussite en lecture en 2e et 3e année
85 % de réussite en lecture en 7e année
85 % de réussite en écriture en 4e et 7e année
Ces objectifs s’inscrivent dans le Plan d’éducation de 10 ans, qui arrive à son échéance, sans que les résultats attendus soient atteints, que ce soit en lecture, écriture, sciences ou mathématiques.
Ce qui se passe ailleurs : l’exemple du Québec
La ministre de l’Éducation du Nouveau-Brunswick et du Développement de la petite enfance l’a dit clairement :
« On fait attention à ce qui se passe ailleurs et on réfléchit à si c’est une possibilité pour le Nouveau-Brunswick. »
En effet, le Québec a déployé la maternelle pour les enfants de 4 ans dans plusieurs écoles depuis plusieurs années. Cette prématernelle n’est pas obligatoire et vise à offrir une année préparatoire avant la maternelle 5 ans officielle.
Cependant, plusieurs faits récents montrent que ce modèle rencontre des défis concrets :
Le nombre d’enfants de 4 ans fréquentant la maternelle demeure relativement stable, autour de 20 % des enfants de cet âge, ce qui est loin d’une fréquentation universelle.
La croissance du nombre de classes a ralenti considérablement, avec seulement 31 nouvelles classes ajoutées en 2024-2025, alors que l’objectif ministériel était plus élevé.
Certaines régions prévoient même une réduction du nombre de classes en raison de contraintes de locaux et de pénurie de personnel, parfois jusqu’à la moitié des groupes scolaires existants.
Ces données montrent que même un projet bien établi peut rencontrer des obstacles logistiques, financiers et humains lorsqu’on tente de l’implanter à grande échelle.
Les coûts associés à la maternelle de 4 ans sont souvent beaucoup plus élevés que prévu. Dans des bilans antérieurs, on observait que chaque classe pouvait coûter plusieurs centaines de milliers de dollars, bien au-delà des estimations initiales.
De plus, il ne suffit pas d’ouvrir des classes : il faut des ressources spécialisées pour répondre aux besoins spécifiques des enfants de 4 ans. Ceux-ci ne sont pas au même stade de développement qu’un enfant d’âge scolaire et ont des besoins différents en matière d’approche pédagogique, d’environnement et d’interaction éducative.
Cela soulève des questions importantes :
Qui va s’occuper des enfants ? Une éducatrice en petite enfance ou un enseignant scolaire ?
Les éducateurs scolaires ont-ils la formation adaptée au développement préscolaire ?
Sur le long terme, est-il réaliste et durable de dédier des ressources scolaires à cette tranche d’âge ?
Une transition plus harmonieuse, une meilleure réussite
L’amélioration de la réussite scolaire est un objectif partagé par tous. Toutefois, le Plan d’éducation de 10 ans pourrait être mieux établi s’il s’appuyait davantage sur les acteurs déjà en place, notamment les éducatrices et éducateurs de la petite enfance, plutôt que de retirer brusquement l’enfant de son écosystème éducatif naturel.
Scolariser trop tôt les enfants n’est pas nécessairement la solution. Au lieu de créer un projet pilote qui duplique un service existant dans les écoles, il serait plus pertinent :
d’investir davantage dans les garderies éducatives,
de renforcer la collaboration entre les garderies et les écoles,
et d’assurer une uniformité du programme de préparation scolaire dans les garderies éducatives.
La préparation des enfants de 4 et 5 ans à l’école est déjà un mandat actif dans les garderies éducatives du Nouveau-Brunswick.
La transition entre la garderie éducative et l’école est un moment crucial dans le développement de l’enfant. Au Nouveau-Brunswick, les garderies éducatives offrent déjà des programmes pour les enfants de 4 et 5 ans, avec un objectif clair : préparer les enfants à l’entrée en maternelle, en respectant le Cadre d’orientation éducatif qui valorise le développement global (social, affectif, cognitif, linguistique).
Comme le souligne Sylvie Lang, directrice de l’Association francophone des garderies éducatives du Nouveau‑Brunswick :
« Ce qu’il faut, c’est un pont entre la garderie et l’école, assuré par les garderies éducatives. »
Perdre les enfants de 4 ans au profit des écoles viendrait également créer un énorme manque à gagner pour les garderies éducatives, avec des impacts concrets :
une réduction des effectifs d’enfants fréquentant les garderies ;
une baisse de revenus pour ces centres, notamment pour les classes de 4 ans et les services après-classe ;
une possible fermeture de garderies incapables de maintenir leur modèle économique ;
un déséquilibre dans la transition éducative des enfants ;
une perte de professionnelles qualifiées en petite enfance.
Ces réalités doivent être prises en compte avant d’adopter un modèle d’éducation préscolaire généralisé qui pourrait, paradoxalement, avoir des effets négatifs sur les services déjà en place.
Investir là où tout commence
Le document ministériel Donnons à nos enfants une longueur d’avance rappelle clairement que les premières années de vie sont déterminantes pour la réussite éducative future. Renforcer les services de garde éducatifs, soutenir les éducatrices et assurer une transition fluide vers l’école constitue une approche cohérente, durable et respectueuse du développement de l’enfant.




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